Travail

187 - Enfin ingénieur !

Les nouveaux immigrants savent qu'il n'est pas facile de travailler (voire impossible) quand le domaine d'activité dans lequel on exerce est régi par un Ordre professionnel.

J'avais déjà abordé ce sujet dans une note sur les Ordres professionnels dont je conseille la lecture pour les lecteurs concernés (ou intéressés).

Pour mon cas personnel, le "parcours du combattant" se termine enfin. Remontée dans le temps...

De formation ingénieur agro en France avec une dizaine d'années d'expérience, j'ai déposé mon dossier à l'OIQ (Ordre des Ingénieurs du Québec) en septembre 2005, 10 mois avant notre arrivée au Québec. Les documents à présenter étaient nombreux et ne pouvaient être validés qu'à partir d'originaux: relevés de notes, programmes de cours, attestations d'expérience, définition précise de mes fonctions professionnelles, attestations de répondants, CV, ...il faut être patient et organisé.

En mai 2006, mon diplôme et mes acquis professionnels sont validés par un comité. En juillet 2006, je suis inscrit en tant qu'Ingénieur Junior à l'OIQ (en abrégé ing. jr.). Impossible de me dire Ingénieur tant que je n'ai pas effectué une période d'exercice professionnel au Québec en tant que junior. Cette période dure normalement trois ans. Mais il est possible de la raccourcir avec la prise en compte par l'Ordre d'une période professionnelle de deux ans passée à l'étranger (ce qui était mon cas).

En avril 2008, après deux expériences professionnelles successives, en tant que salarié dans un groupe agroalimentaire puis en tant que consultant indépendant, j'ai pu transmettre à l'OIQ les documents nécessaires accompagnés des attestations de mes "répondants".

Début mai 2008, une commission valide l'ensemble de mon dossier et m'avise que je suis officiellement inscrit au tableau de l'Ordre des Ingénieurs du Québec en tant qu'Ingénieur.

Ouf ! 32 mois après le dépôt de mon premier dossier. Cela peut paraître long à certains lecteurs mais j'aurais réellement tort de me plaindre. La France bénéficie d'un statut privilégié, né d'accords bilatéraux, permettant la reconnaissance des diplômes des écoles d'ingénieurs françaises. Contrairement à d'autres "ingénieurs" ayant effectué des cursus dans d'autres pays, je n'ai pas eu à suivre de cours ou à repasser des examens techniques. Seul l'Examen professionnel était à passer, comme pour tout aspirant au titre d'Ingénieur au Québec.

Cela peut être beaucoup plus difficile dans d'autres Ordres, tel celui des médecins, où des cours universitaires (avec examens) seront incontournables même si l'on est une sommité exerçant dans un grand hôpital parisien et si le Québec connaît une cruelle pénurie de médecins ...

Génie:  Ce que devient une personne de talent quand elle meurt.
 

d'après le Dictionnaire inutile … mais pratique de Michel Lauzière avec autorisation de l’éditeur (Editions au Carré)

60 - Les Ordres professionnels

Ceux qui suivent mes tribulations dans la Belle Province savent que j'ai passé - il y a 10 jours - un examen professionnel (note 56) pour devenir ingénieur au sein de l'Ordre des Ingénieurs du Québec (OIQ). Le résultat est arrivé hier par la poste: je suis reçu ! Soulagement ... même si je n'avais pas de grosses inquiétudes sur le verdict. Une des étapes à franchir pour ne plus être ingénieur junior, ce que je suis actuellement malgré plus de dix années d'expérience en France !

Particularités typiquement canadiennes (et québécoises), les ordres professionnels...

Au Québec, Il existe 41 ordres, parmi lesquels on peut citer ceux des avocats, des médecins, des chimistes, des infirmiers, des architectes, des ingénieurs mais aussi des urbanistes, des conseillers d'orientation, des traducteurs et interprètes... bref une multitude de professions. Ces ordres ont comme principale fonction d'assurer la protection du public.

Parmi ces ordres, il en existe 21 (dont celui des ingénieurs) qui sont constitués pour des professions d'exercice exclusif. Seuls les membres des ordres d'exercice exclusif ont à la fois le monopole de l'exercice de leur activité professionnelle et celui de l'utilisation du titre qui s'y rattache. Cela veut dire - dans le cas des ingénieurs - qu'il est impossible d'utiliser le titre d'Ingénieur et de pratiquer les activités du champ de l'ingénieur si l'on n'est pas membre de l'Ordre des Ingénieurs du Québec.

Pour ce faire, il faut déposer un dossier complet pour faire reconnaitre sa formation et son expérience antérieure en vue d'être accepté par l'Ordre au titre d'Ingénieur Junior. Les principales conditions avant d'être éligible à la délivrance du permis d'ingénieur sont les suivantes:
> la détention d'un diplôme en génie reconnu par le Québec
> la réussite à l'examen professionnel (avec 3 parties: Système professionnel québécois / Pratique professionnelle comprenant éthique et déontologie / Juridique)
> la démonstration de 36 mois d'expérience pertinente en Génie (avec la possibilité de faire reconnaître au plus deux années d'expérience à l'étranger)
> la connaissance appropriée de la langue officielle du Québec (français)
> et avoir acquitté les droits exigibles (environ 200$/an à titre de junior...)

Ce qui précède signifie qu'un "ingénieur" venu de l'étranger et non membre de l'Ordre des ingénieurs du Québec ne peut se prétendre ingénieur au Québec et exercer. De même, un ingénieur de l'Ontario - membre de l'Ordre des ingénieurs de l'Ontario ne peut exercer au Québec ! Cela peut paraître étonnant voire protectionniste. En réalité, la finalité de ce système est véritablement de protéger le public en interdisant à toute personne non habilitée d'exercer une profession d'exercice exclusif. La notion de responsabilité individuelle de l'ingénieur dans sa pratique est également très forte. Un ingénieur qui aurait travaillé en dehors de son domaine de compétence ou qui aurait fait des erreurs graves dans le cadre de son activité peut être mis en cause et poursuivi en justice. Cela peut même aller jusqu'aux conseils donnés à titre gracieux à des amis. Un conseil s'appuyant sur une expertise inexacte et ayant des conséquences graves peut amener un ingénieur devant les tribunaux ... avec risque de sanction de la part de l'Ordre. Donc prudence. Les valeurs fondamentales de la profession d'ingénieur sont d'ailleurs compétence, responsabilité, éthique et engagement social.

Qualité : Défaut que l'on n'a pas encore eu l'occasion de développer.

d'après le Dictionnaire inutile … mais pratique de Michel Lauzière avec autorisation de l’éditeur (Editions au Carré)

56 - Jour d'examen

Nous sommes à quelques jours du printemps et - oh surprise - nouvelle tempête de neige ! Moins 7 degrés et 20 centimètres de neige accompagnés de vents violents dans la région de Montréal. Fonte stoppée nette et nouveau manteau blanc épais ! Voilà ce qui vous attend, Nathalie, Philippe, Annie et autres futurs immigrants...  Spectacle étonnant et toujours très beau à observer par la fenêtre d'un lieu chaud et confortable. Les flocons et premières bourrasques de vent sont apparus hier soir vendredi alors que nous étions dans la rue St Denis pour aller voir le beau et émouvant film "La Môme" d'Olivier Dahan rebaptisé au Canada "La vie en rose". J'ai bien observé une certaine déception sur le visage de Shane face à cette nouvelle manifestation de l'hiver, renforcée d'un (petit) agacement devant ma joie presque enfantine...

CLIQUER SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR  (17 Mars 07)

Balcon_neige

Balcon - samedi matin

Rue_neige

Vue à comparer avec les photos de la note 54

Tracteur

Toujours le même "ballet" d'engins déblayeurs motorisés...

Dernière ligne droite ce matin pour m'assurer de la connaissance des 350 pages à étudier pour l'examen professionnel de l'Ordre des Ingénieurs du Québec. La thématique abordée est générale et couvre 3 domaines: le milieu professionnel québécois, la pratique professionnelle de l'ingénieur (gestion de projet, éthique et déontologie) et le juridique. Ce n'est pas inintéressant (ce qui ne veut pas dire que c'est passionnant...). Plusieurs chapitres se lisent facilement mais la partie juridique avec les aspects de responsabilité pénale de l'ingénieur est totalement nouvelle pour moi. Le test consiste en un long QCM de 92 questions en 3 heures portant sur chacune de ces trois parties.

Ces dernières semaines m'ont "rajeuni" en me remettant dans la peau d'un étudiant: planification des révisions, soudaine fatigue le soir en ouvrant un chapitre à étudier, impression de ne plus rien savoir le jour de l'épreuve et imperceptible stress en découvrant les questions !

Polytechnique

Les épreuves avaient lieu à 13 h à l'Ecole Polytechnique de Montréal sur le Campus de l'Université de Montréal.

Universit_de_montral

Pas de pronostic trop enthousiaste sur le résultat. Restons prudents. Même si un certain bon sens oriente vers la bonne réponse pour plusieurs questions, l'étude sérieuse du programme était nécessaire pour d'autres.

Verdict dans 3 semaines. Ce sera l'occasion de faire une note sur le principe des Ordres professionnels au Québec et sur la notion d'Ingénieur au Québec, notion qui est assez différente de celle que l'on connaît en France.

Chercheur : Scientifique à qui on ne peut reprocher de ne rien trouver, puisqu'il est payé pour chercher.

 

d'après le Dictionnaire inutile … mais pratique de Michel Lauzière avec autorisation de l’éditeur (Editions au Carré)

54 - Dégel et révisions

Le temps s'est nettement radouci depuis ce week-end. On est enfin dans le positif. Une impression de printemps renforcé par le chant des oiseaux que l'on entend de nouveau. En pleines révisions - mon examen est dans 5 jours ! - j'ai pris quelques photos depuis le condo par la fenêtre. Au jeu des 7 différences en 24 heures, on voit une neige qui disparait...

CLIQUER SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR  (11 & 12 Mars 07)

Balcon1

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Rue1

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48 - Révisions

Je dois prendre quelques vacances ... de mon blog. Je dois sérieusement me mettre à étudier pour passer un examen professionnel le 17 mars prochain pour devenir Ingénieur au Québec (je suis actuellement Ingénieur Junior ici !). Plus de 300 pages à potasser d'ici là et j'ai à peine commencé. Il faut donc me détacher quelques temps du blog, "une vraie drogue" aux dires de Shane ... et ne pas céder aux sirènes du festival du cinéma québécois qui "sévit" à Montréal en ce moment !

Mais prochainement, quelques notes sur les ordres professionnels, le statut d'ingénieur au Québec et la reconnaissance des diplômes, des photos d'Ottawa et Gâtineau en hiver, la découverte de l'alimentation et des supermarchés canadiens... ainsi que l'interview d'une journaliste de l'Express qui prépare un hors-série sur le Québec bientôt disponible en France dans les kiosques.

Donc patience ...

Humain : Seul singe qui pense ne pas en être un.

 

d'après le Dictionnaire inutile … mais pratique de Michel Lauzière avec autorisation de l’éditeur (Editions au Carré)

23 - Licenciement

Cette note n'est plus disponible en accès libre. Pour l'obtenir, me contacter.

20 - Réseautage en pratique

De retour à mon clavier un soir après un "5 à 7" de réseautage...

Après un bon mois de travail assez prenant, j'ai accepté une invitation de la Chambre de Commerce Française au Canada pour le lancement d'un numéro de leur revue trimestrielle consacrée à la Gastronomie et aux Vins français. L'événement avait lieu aujourd'hui, un mercredi, à partir de 17h30 au centre de Montréal dans le restaurant d'un grand hôtel (Sofitel). J'avais confirmé mon inscription tardivement afin de découvrir ce type de réception et d'y faire d'éventuelles rencontres. Je n'y connaissais - a priori - qu'une seule personne de la Mission Economique de Montréal, à l'origine de mon invitation.

Cette première participation m'a fait découvrir plusieurs choses: tout d'abord il faut éviter d'être trop en retard. Mon arrivée tardive après 18h30 m'a fait prendre conscience que la distribution des plateaux de petits fours étaient déjà bien avancée. La personne chargée de l'accueil et de la distribution des badges avait aussi déjà déserté son poste pour se sustenter. Il m'a donc fallu me débrouiller seul pour m'identifier. Les contacts se font facilement mais ne sont pas forcément longs. On parle en duo ou en petits groupes avant de s'échanger des cartes. Parfois votre interlocuteur regarde par dessus votre épaule pour trouver quel sera son prochain contact ce qui peut procurer une impression assez désagréable de rencontre superficielle. Gare aussi à être bien organisé dans la gestion des cartes ! Ayant tout rangé dans une même poche, il me fallait être vigilant pour distribuer une de mes cartes et non redonner une carte précédemment acquise !

Mon impression en repartant vers 20h était agréable. Grisé par les coupes de champagne, j'avais la sensation plaisante d'entrer dans un monde de relations où tout le monde semble se connaître dans l'ambiance feutrée d'un grand hôtel. Par contre, le côté superficiel de ce type de rencontre où l'échange de cartes tient lieu de poignée de main me laisse un goût un peu amer.

18 - Le travail... suite

Les conditions de travail et l'environnement professionnel sont très différents ici de ce que j'ai pu connaître en France. La difficulté est toujours de savoir si les entreprises où j'ai travaillé sont représentatives de leur pays respectif. Ces comparaisons permettent cependant d'évoquer les éléments suivants:

> La semaine classique de travail fait 40 heures y compris pour les cadres, point que j'évoquais dans la note précédente. Les semaines de 50 ou 60 heures des cadres ne sont pas forcément bien perçues. Elles sont plutôt signe d'une mauvaise organisation ou d'un manque d'efficacité. La durée légale des congés est de deux semaines par an (trois au bout de plusieurs années d'ancienneté). C'est sûr que nous autres Français avec nos cinq semaines de congés complétées de RTT qui permettent d'atteindre souvent huit semaines voire dix ou plus passons aux yeux des Nord-Américains pour des paresseux. Ce manque d'ardeur au travail est souvent évoqué pour expliquer les faibles taux de croissance de l'économie française comparés à ceux des Etats-Unis ou du Canada (supérieurs d'un à deux points).

> L'ambiance de travail est plutôt décontractée, le tutoiement de rigueur. Les rapports sont francs et directs. La hiérarchie est nettement moins marquée qu'en France. Le DG peut très bien s'adresser à un employé directement pour avoir son avis sans aviser les échelons intermédiaires sans que cela offusque qui que ce soit. Les échanges se font de façon consensuelle, c'est à dire que dans une réunion, tout le monde doit donner son point de vue et dire s'il est ou non d'accord avec les solutions et le planning retenus en final. Les affrontements, tensions ou rivalités ne sont pas de mise. Ce point précis rend l'ambiance de travail très agréable. Il n'y a pas de caractère fort pénible qui impose à tous ses idées. Un DG peut tout à fait se ranger à l'avis général des participants d'une réunion. Grande différence avec ce que j'ai pu connaître antérieurement en France...

> Autre particularité, le turn-over important du personnel. Le faible taux de chômage au Canada est à l'origine d'une volatilité du personnel, surtout aux échelons administratifs, cadres et techniciens. Par exemple, le poste de superviseur HACCP d'une des deux usines a été occupé par quatre personnes différentes en trois ans. Je dois m'occuper actuellement de le pourvoir de nouveau car le dernier titulaire est parti au bout de ... trois mois ! Cela pose un double problème: d'abord une grande perte de temps pour recruter, former et tenter de stabiliser son personnel, ensuite un "esprit maison" qui se perd de plus en plus. On travaille d'abord dans son intérêt personnel avant de prendre en compte celui de l'entreprise. Les CV que j'étudie actuellement détaillent souvent 6 à 8 expériences professionnelles différentes pour une personne qui a débuté il y a 10 ans. Le faible taux de chômage ne fait pas que des heureux surtout chez les employeurs...

> Le marché du travail est donc très fluide avec des personnes qui n'hésitent pas à reprendre des études à 30 ou 40 ans afin de compléter un cursus ou de se réorienter. Cela est très courant contrairement à la France. Pour cela, des cours du soir à l'université après la journée de travail ou bien une interruption de l'activité salariée pour suivre des cours à temps plein sont nécessaires. Les CV sont aussi "anonymes" c'est à dire que les mentions précisant l'âge, le statut marital et les enfants, la nationalité, les photos ou autres éléments pouvant porter à discrimination sont rigoureusement interdits. Les compétences et réalisations concrètes y sont détaillées. On accorde beaucoup moins d'importance au cursus universitaire qu'en France. Seules comptent vraiment les expériences et compétences acquises.

17 - Déjà 4 semaines de travail ...

Je reprends enfin le clavier après mon premier mois de travail. Un mois dense en changements.

Le temps d'abord: pas vraiment d'été indien cette année. Assez pluvieux et venteux, températures douces. Les belles couleurs automnales ont laissé la place à des arbres dénudés, un ciel souvent gris et une humidité persistante. Le jour s'est nettement raccourci aussi. Il fait nuit dès 16h30 et de nouveau jour vers 6h50. Le fuseau est donc "décalé" par rapport à la France. Le milieu de la journée est à 11h40 ce qui est très tôt. Nous découvrons donc le Québec sous une saison que nous ne connaissons pas.

L'environnement ensuite. La Province est redevenue calme. Les touristes sont partis. Une marche nocturne jeudi dernier dans le Vieux Québec m'a permis d'avoir - quasiment pour moi tout seul - le Château Frontenac ! Alors que l'été, c'est un véritable défilé d' "étrangers" (!) armés d'appareils photos ... Bon, pour être honnête, je dois quand même avouer que le temps était un peu pluvieux et froid ce soir là ! 

Le travail pour finir. Je suis passé d'une période assez libre (mais active) de recherche d'emploi à une nouvelle activité intense, quatre mois après mon départ de M. Juste avant de reprendre le travail, la visite de mes parents début octobre fut un réel moment de bonheur familial. Cela faisait plus de 12 ans que nous n'avions pas passé de vraies vacances ensemble...

Mes premières impressions pour ce nouveau job au Canada ? D'abord, un vrai plaisir à découvrir ce nouvel environnement professionnel. Une impression de jeunesse, de fraîcheur, d'un véritable renouveau après une longue période chez M peu motivante et assez pénible dans les derniers temps. Nouveaux collègues, nouveaux produits, nouveaux lieux, nouvelle mission, nouveaux défis et surtout nouveaux "codes" professionnels à comprendre et assimiler. Mon premier bulletin de salaire (ici le salaire est versé toutes les semaines) fut un moment agréable. Je vais enfin vivre de mes dollars canadiens provenant de mon travail d'ici et non plus sur mes réserves en euros que je consommais jusque là petit à petit. Une satisfaction qui me rappelle mon premier bulletin de paye en France en juin 1995. L'agréable sensation de voler enfin de ses propres ailes... Cela paraîtra peut-être puéril à certains mais ces moments symboliques sont pour moi autant d'étapes dans cette aventure canadienne.

Ma société est la filiale alimentaire d'un groupe familial fortement implanté au Québec mais aussi en Ontario et dans le Vermont (USA). Nos usines de transformation alimentaire fabriquent des produits issus de la viande et du poisson et destinés à la grande distribution: charcuteries type jambon, pâté, creton québécois mais aussi quiches, tourtières, plats cuisinés, pâte à pizza, sauces spaghetti... Deux implantations industrielles totalisant un peu plus d'une centaine de personnes: une sur Montréal et une autre dans la région de Chaudière-Appalaches près de Québec.

Mon rôle - en tant que Directeur des Services Techniques - est de coordonner l'activité des services Recherche et Développement et Qualité des deux sites distants de 280 km. Cela nécessite donc des déplacements fréquents, ce qui me vaut une voiture de fonction: une belle Dodge Caliber grise, un 4x4 équipé de sièges chauffants, toit ouvrant, lecteur multi-disques, compartiment boisson réfrigéré, pneus de 18 pouces, ... bref un véhicule sécuritaire et confortable mais terriblement glouton en essence. Les passages à la pompe sont fréquents car elle consomme près de 11 à 12 litres aux 100 km soit guère plus de 450 km pour un plein de 52 litres ! En ces périodes de réchauffement climatique, de sommet de Nairobi et de pétrole cher, cette soif continuelle du moteur me donne mauvaise conscience même si je ne paie pas l'essence !

Ma mission dans la société ne s'annonce pas facile car il règne par bien des aspects un manque de coordination, de rigueur et de communication. Sans dénigrer l'outil industriel, les sites sont plutôt vétustes. Les standards en terme de qualité (traçabilité, maîtrise du process, suivi, ...) sont bien en deçà de ce que je connaissais chez M. Le degré d'optimisation des recettes et des procédés et la décomposition des prix de revient en est encore à un âge reculé. Le défi est donc important: mettre en place des standards plus exigeants, développer et optimiser des recettes, instaurer une véritable culture qualité "client" (qui n'existe pas vraiment dans les usines) qui s'appuie sur des notions de rigueur, de suivi et de persévérance. Tout cela avec une équipe qu'il faut manager, motiver et faire progresser. Vaste chantier mais les équipes sont jeunes et une véritable attente existe quant à une nouvelle organisation suite à des lancements "difficiles" de nouveaux produits. En ce qui me concerne, mon énergie et ma motivation toujours intactes devront être contagieuses pour faire évoluer la situation. Il est vrai aussi que mon caractère et mes expériences antérieures se prêtent bien à cette situation. Les 6 années passées chez M constituent assurément une excellente école pour ce type de mission.

Les horaires de l'équipe d'encadrement sont - pour moi - étonnants. La journée commence vers 8 h, la pause repas est courte et bien souvent prise sur place (le lunch) et tout le monde a quitté le plancher avant 17h y compris le Directeur d'usine (l'usine ne tourne que sur une équipe). En partant parfois vers 17h30, je suis bon dernier à quitter les lieux. Partir vers 16h30 n'a rien de choquant. Je pars donc 2 à 3 heures plus tôt qu'en France... Habitant à Montréal à moins de 15 minutes de mon travail, je suis donc souvent rentré à 17h chez moi: un changement de vie total et une qualité de vie très appréciable, me semble t il quasi introuvable en France pour ce type de poste. Ce temps libre me permet de poursuivre les activités que j'avais commencées au début du trimestre: cours de langue, activités sportives et "5 à 7" d'associations.

Le meilleur pour la fin... les anecdotes linguistiques. Comme je l'ai déjà dit à certains d'entre vous, la langue d'ici - parlée dans la rue - est souvent bien éloignée du "français de France". La langue québécoise utilisée par mes collègues est truffée de mots anglais souvent déformés et de québécismes, tout cela marqué d'un fort accent ("un pâté stuffé à la tomate" = pâté fourré à la tomate, "une ampoule frostée à pluger" = ampoule opaque à fixer ou "un contrôle à checker au shipping" = contrôle à faire à l'expédition !).
Cela provoque parfois des incompréhensions amusantes: par exemple, une chaudière (qui fait de l'eau chaude/vapeur) se dit ici bouilloire ! Une chaudière pour un québécois, c'est un seau. Une cuisse de porc (jambon cru) se dit ici fesse (de porc). L'usine commande donc 5000 kg de fesses pour fabriquer du jambon ! J'ai failli rire la première fois et ca me gênait un peu d'utiliser ce terme trop cru à mon goût. Un classeur pour ranger des documents se dit ici cartable. Un classeur pour un Québécois est un meuble qui contient des dossiers suspendus. Les exemples sont légion: ces différences très fréquentes - dans les deux sens - nécessitent une grande vigilance de ma part, donc génèrent de la fatigue. Il me faut apprendre les termes pour les comprendre et faire ensuite des choix de façon à parler correctement tout en étant compris. Les conversations les plus éprouvantes (pour moi) se font avec un responsable maintenance d'une usine. Son accent à couper au couteau, ses expressions anglaises déformées et sa syntaxe systématiquement inexacte provoquent chez moi des sourires (intérieurs je précise !): en fait, même s'il a l'air très sympathique, je ne comprends quasiment rien à ce qu'il me raconte et n'ose pas toujours le faire répéter pour la troisième fois...

14 - Un job au Canada

Confirmé à la mi-septembre mais finalisé véritablement la semaine dernière avec la signature du contrat ... ¸ ça y est ! Je suis embauché pour un travail qui démarrera dès le 16 octobre dans une grosse PME, filiale d'un groupe familial, fabriquant des produits à base de viande et des plats cuisinés. Cette entreprise a deux unités de production: une sur Montréal (à 15 min de mon domicile) et une près de Québec (280 km). Je serai basé sur Montréal. Les déplacements hebdomadaires sur Québec - que j'espère pas trop éprouvants l'hiver - me permettent d'avoir une voiture de fonction (Dodge Caliber 4x4 AWD RT).

Ma mission consistera à coordonner les activités de Recherche et Développement (R et D) et de Qualité des deux usines. Cela correspond à mon domaine de compétence et constitue une suite logique à mes expériences précédentes. Mon temps réel de recherche active aura été finalement court (5 semaines) pour ce poste.

Les circonstances de cette embauche sont assez particulières (pour moi du moins). Le contact ciblé avec cette entreprise s'est fait grâce au réseautage que j'évoquais dans une note précédente. Donc contact direct, entretiens décontractés, deux rencontres sur les 4 faites dans un Dunkin' Donuts (!) dont la signature du contrat, ... je remplacerai une personne en poste depuis un an qui ne donnait pas satisfaction à la Direction et qui sera licenciée dans les jours qui viennent. J'ai cru comprendre que les attentes me concernant étaient assez fortes. Il faudra donc ne pas décevoir pour ne pas subir le sort de mon prédécesseur. Bienvenue en Amérique du nord !

La qualité des contacts établis jusqu'à présent et un véritable plan d'intégration s'étalant sur un mois me laissent cependant envisager un démarrage dans de bonnes conditions. Le défi que je souhaitais en venant au Canada est donc en face de moi. Il sera essentiel pour moi de bien appréhender les relations au sein de l'entreprise et d'adopter un bon positionnement. Ce sera une des clés de la réussite dans cet environnement professionnel dont les codes ne me sont pas familiers.

Il est clair qu'il serait difficile de conclure à partir de mon expérience sur la recherche d'emploi au Québec.  Chaque cas est évidemment un cas particulier. Trouver un travail à Montréal est facile et rapide (des affiches, annonces ou bannières fleurissent partout), mais en trouver un qui corresponde à ses aspirations et à ses compétences peut être long et prendre du temps: de 2 à 6 mois minimum selon les statistiques. C'est clair que je m'estime plutôt chanceux.

Suite à venir dans une prochaine note...

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