Régulièrement, je reçois des courriels de demandes d'info sur le Québec, l'expatriation, la vie quotidienne, le travail ... environ 2 à 3 demandes par semaine. Pas toujours facile de trouver le temps pour répondre. D'où cette note de synthèse avec quelques conseils ... je sais que cela fera sourire certains Canadiens qui ne connaissent peut-être pas bien la France !
Le Québec est assurément une source de fascination pour les Français et beaucoup de nos compatriotes rêvent de s'y établir pour y vivre une expérience riche en découvertes. Cette province du Canada réalise d'ailleurs un lobbying très actif en France pour attirer sur son sol de jeunes francophones diplômés ayant acquis de l'expérience et motivés par un désir de réalisation personnelle. L'intérêt pour le Québec est double: attirer des immigrants qualifiés de pays considérés comme "sûrs" et tenter de maintenir le poids des francophones dans cette partie de l'Amérique du Nord où le Français reste toujours une langue fragile et menacée.
Des séances d'information du Bureau de l'immigration du Québec à Paris semblent faire salle comble avec un auditoire plutôt réceptif à ce marketing bien organisé: diapositives, cartes, statistiques et données chiffrées, démarches à réaliser, le tout dans un environnement confortable agrémenté de splendides photos de la Belle Province. Près de 3000 Français franchiraient tous les ans l'Atlantique munis du précieux sésame, le visa de résidence permanente. Presque autant reviendraient en métropole chaque année. Ces chiffres sont assez stables et reflètent le fait que la population originaire de la France présente au Québec n'augmente pas. Dans ces retours, une proportion importante de personnes déçues, qui n'ont pas trouvé ce qu'ils cherchaient (ce qu'ils pensaient trouver). Certains sont amers et estiment même avoir été trompés par ce qu'on leur avait "vendu". Les termes peuvent sembler excessifs mais ils reflètent bien l'état d'esprit de certains immigrants qui retournent dans l'Hexagone.
Évoquer cet aspect de l'immigration de façon objective est - dans mon cas - plutôt facile car je ne suis pas dans cet état d'esprit. Notre préparation à ce grand changement, une forte motivation et une bonne dose de chance (à ne pas négliger) expliquent la réussite jusqu'à présent de notre projet: nous avons un travail plutôt intéressant tous les deux et avons investi dans l'achat d'une maison. Ce nouvel environnement nous plait pour de multiples raisons liées à la qualité de vie. La découverte - au sens large - de ce pays est une source d'enrichissement personnel au quotidien que je n'aurais pas pu connaitre si nous étions restés en France. Cela étant précisé, quelques éléments qu'il vaut mieux savoir pour les candidats au départ...
> Ne pas venir au Canada en espérant s'enrichir rapidement. Ce n'est pas un eldorado pour Français désargentés. Trouver un travail n'est certes pas difficile mais trouver un travail correspondant à sa qualification et à ses aspirations salariales n'est pas facile lorsqu'on arrive même (surtout ?) pour un ingénieur, ce qui était mon cas. Il manque toujours la fameuse expérience nord-américaine. Il faudra donc souvent faire ses preuves donc accepter un poste moins qualifié et moins bien payé que celui qu'on avait en France. Les statistiques montrent qu'il faudrait deux ans minimum en moyenne pour retrouver son statut et son salaire d'origine.
> Pour plusieurs professions, il existe des ordres professionnels. Utiliser le titre d'ingénieur n'est pas possible pour un jeune ingénieur français qui débarque au Québec. Il est nécessaire d'appartenir à l'Ordre des Ingénieurs du Québec pour employer ce titre sur le sol québécois. Pour cela, il faut réaliser un long processus de reconnaissance des diplômes et de la formation suivie en France (avec détail des programmes et relevés de notes). La reconnaissance de l'expérience acquise en génie est également importante avec descriptifs des postes et lettres d'appréciation de répondants. Une fois ces étapes franchies, on devient Ingénieur Junior au sein de l'Ordre, quelle que soit l'ancienneté que l'on pouvait avoir dans le métier dans son pays d'origine. Cette période de probation dure 3 ans avec possibilité de réduction à 1 an si l'expérience acquise est reconnue. Après ce juniorat et la réussite à un examen professionnel (non technique), on devient enfin Ingénieur, membre de l'Ordre, ce qui fut mon cas en 2008.
> Le marché du travail est plus fluide qu'en France avec des changements fréquents d'employeurs au cours d'une vie professionnelle. Trois jobs en trois ans en ce qui me concerne. On embauche ... et on licencie rapidement. Les préavis sont toujours courts, une à deux semaines maximum, et les codes du travail différents de ceux que l'on connait dans l'Hexagone. Le réseautage y tient une place essentielle. Il est donc important de se construire un réseau au Canada et de l'entretenir ! Malgré cette relative précarité du marché du travail, il n'existe pas cette psychose collective du chômage bien présente en France. Évidemment, côté vacances, il ne faut pas être trop gourmand. Le droit du travail prévoit 2 semaines par an, un cadre en a généralement 3. Si l'entreprise est généreuse, on peut atteindre 4 ! Oubliées les 5 semaines françaises agrémentées de généreux jours de RTT. Il ne faut donc pas venir au Canada pour trouver une société de loisirs.
> L'anglais est évidemment nécessaire pour travailler au Québec, spécialement à Montréal. Même si le français est la langue officielle du Québec, l'anglais est très utilisé dans les affaires avec le Canada anglophone et avec le géant américain voisin.
> L'hiver canadien n'est pas une légende. L'hiver peut être vraiment froid, neigeux et long ! De fin novembre à avril. Avec des températures pouvant facilement atteindre les -20°C. Quatre à cinq longs mois sans voir de verdure, c'est long pour celui qui n'aime pas l'hiver ! Ce qui n'est heureusement pas mon cas.
Malgré ce tableau qui peut sembler un peu noir jusqu'à présent (ou gris foncé !), le Canada est une formidable expérience de vie pour un Français.
> Le Canada est un pays de tolérance et d'ouverture. C'est fondamentalement une terre d'immigration. L'arrivant étranger n'est donc pas rejeté. C'est particulièrement vrai à Montréal qui est une ville cosmopolite.
> Le coût de la vie est plus faible qu'en France. Logement, énergie, vêtements, électronique et informatique, cinéma, CD, cellulaires (portables), ... la liste est longue des postes de dépenses plus économiques en Amérique du Nord. Différence discutable pour les produits alimentaires. Et carton rouge pour les livres qui sont chers en librairie. Cela s'explique en partie par le fait qu'une grande partie de l'édition francophone vient de France.
> Le contraste des saisons est - pour celui qui est sensible aux couleurs de la nature - une source d'émerveillement toujours renouvelée chaque année. Un été chaud et parfois humide, un automne flamboyant suivi d'un hiver glacial et blanc qui se termine par un printemps, véritable renaissance de la nature où le vert tendre réapparait. Que du bonheur ...
> Les relations au travail sont beaucoup moins conflictuelles qu'en France. Le consensus est une composante culturelle de la société nord-américaine. On évite donc le conflit. D'où une ambiance plus détendue et participative lors des réunions. L'intérêt général pour l'entreprise est recherché. Pas d'affrontement entre les participants, de peaux de banane, d'éternels retardataires, pas de meneur qui impose son point de vue à l'ensemble, pas de réunion interminable où on parle de tout et de rien pour finalement ne rien conclure et reprogrammer une nouvelle date de réunion. Cela évoque peut être du concret pour certains lecteurs français...
> Les horaires de travail restent pour les cadres d'une durée compatible avec une vie sociale et familiale. Il y a une vie après le travail. Terminer sa journée à 17 heures est très courant. Mais quasiment impensable lorsque je travaillais en France dans une grande société où le retour à la maison s'envisageait plutôt vers 19 heures, 19 heures 30, voire 20 heures. D'où une réelle qualité de vie professionnelle. Est-on plus efficace et plus productif lorsque l'on travaille 11 ou 12 heures par jour ?
> Enfin, même après 3 ans, je sens toujours du dynamisme, de l'enthousiasme, des envies de réalisation autour de moi. Pas de défaitisme, d'alarmisme, de scléroses, de négatif systématique relayé par les médias tels que l'on peut trop souvent le sentir en France.
Venir au Canada, c'est aussi avoir un état d'esprit ouvert pour s'adapter à un nouvel environnement parfois difficile, être prêt à se retrousser les manches et ne pas hésiter à se remettre en question. La curiosité et l'adaptabilité font partie des clés du succès.
S'informer, lire, interroger des connaissances, surfer sur le web, diversifier ses sources ... tout est bon pour préparer un tel projet et éviter d'avoir en arrivant des (mauvaises) surprises. Même si l'herbe est toujours plus verte ailleurs, il faut se méfier du chant des sirènes ...
On ne vit pas mieux au Canada qu'en France. On vit différemment.
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