Il est extrêmement rare que j'écrive une note sur un sujet d'actualité sortant de l'habituel champ France/Québec de ce blog.
Mais le thème me semble important: la crise actuelle que traverse la Belgique devrait être un sujet particulièrement sensible pour les Québécois.
Un drame économique, linguistique et culturel.
Les Français entretiennent - me semble t il - une relation curieuse avec la Belgique. Pays proche par la géographie, l'histoire, la langue... mais tellement éloigné par l'intérêt qu'on lui porte. Les institutions, les divisions géographiques, les querelles linguistiques, la culture nous sont presque étrangères. Les médias français se font peu l'écho de ce qu'il se passe dans le "plat pays" qui n'est pas le notre. A titre personnel j'ai eu l'occasion d'aller une dizaine de fois dans ce pays frontalier: me promener dans Bruxelles bien-sûr mais aussi découvrir le charme des Ardennes (en Wallonie) et admirer les joyaux que sont Gand et Bruges (en Flandres).
Le Devoir - Édition des 22 et 23 septembre - La Belgique est à la Une
Depuis le 10 juin dernier, la Belgique n'a plus de gouvernement. Les partis représentés à la Chambre n'arrivent à former une coalition. C'est l'impasse totale avec des élus nationalistes flamands qui demandent la scission d'avec la Wallonie.
Deux entités - de plus en plus irréconciliables - s'opposent:
D'un côté, une Flandre majoritaire (6 millions d'habitants), riche et prospère mais en déclin démographique, qui a de plus en plus l'impression de payer trop cher pour une Belgique "artificielle" et surtout pour une Wallonie trop gourmande en aide sociale à ses yeux.
De l'autre, une Wallonie francophone, minoritaire mais à la démographie plus vigoureuse (3,4 millions d'habitants), plus pauvre que le nord (depuis la fermeture des complexes miniers et la crise de la sidérurgie des années 1980) et qui a davantage besoin des subventions publiques.
Entre les deux, Bruxelles, capitale du pays et de l'Europe, un million d'habitants, enclavée en Flandre mais proche de la Wallonie, majoritairement francophone mais ceinturée par les néerlandophones et revendiquée par les deux régions en cas de scission. De nombreux scénarios plus ou moins fantaisistes ont été élaborés pour "régler" le cas de Bruxelles: création d'un état indépendant (type Luxembourg), création d'un district européen (type Washington DC aux USA), transformation en capitale de la Wallonie (malgré la coupure géographique), transformation en capitale de la Flandre (malgré la séparation linguistique) ... ou tout simplement un scénario confédéral.
En répartition linguistique, un peu moins de 60% des belges sont néerlandophones, un peu plus de 40% francophones ... et moins d' 1% est germanophone.
Bref, c'est la revanche de la Flandre du Nord - longtemps dominée économiquement et culturellement par les "élites" francophones - sur la Wallonie du Sud. Le résultat est inquiétant: une Belgique en crise qui se dirige à plus ou moins long terme vers un éclatement.
Mes lecteurs belges (wallons ? bruxellois ?) me pardonneront -j'espère - pour les inexactitudes ou erreurs d'appréciation que j'aurais pu commettre dans cette note concernant leur pays. Leurs éventuels commentaires sont évidemment les bienvenus.
Pour ceux que cela intéresse, je recommande la lecture des deux articles du Devoir:
La Belgique au bord de la déchirure
et La guerre des langues
Les commentaires récents